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Traction animale en viticulture biologique

La viticulture biologique s’est fortement développée ces dernières années et nous comptons aujourd’hui plus de 60 vignerons qui conduisent leurs domaines selon ce mode de production, représentants plus de 20 % des surfaces des AOC vins du Jura. Chaque été, la Chambre d’Agriculture du Jura et la Société de Viticulture du Jura organisent une journée technique sur la viticulture bio. Cette année,  le travail du sol au cheval était à l’honneur.

C’est Loreline LABORDE qui nous a accueillis sur ses vignes à Buvilly avec une joie de vivre et une générosité débordantes. Les participants ont vite été conquis par les démonstrations à la vigne avec les 3 chevaux présents, puis ravis de l’apport théorique sur les réductions de doses de traitements et les produits alternatifs au cuivre et au soufre. Une belle journée qui a rassemblé près d’une trentaine de viticulteurs bios, conventionnels ou en conversion et qui s’est conclue par une savoureuse dégustation des vins de Loreline autour d’un repas partagé en toute convivialité.

Au-delà d’une passion, un intérêt technique certain

Après l’obtention de son BTS viticulture-œnologie en 2006 et de sa licence Sciences de la vigne en 2007, Loreline s’installe en 2010 avec 1,70 ha de vigne. Elle achète alors sa pouliche âgée de 8 mois. Aujourd’hui, elle cultive 4,10 hectares en bio. Tous les cépages sont présents, sauf le pinot.

Après plusieurs années de combinaison de travail du sol au cheval et au tracteur, Loreline a doucement abandonné le tracteur qui ne sert aujourd’hui plus que pour les traitements et la tonte des contours.

Les avantages du travail au cheval sont nombreux :

  • Travail en douceur des sols, qui « se font petit à petit »,
  • Retour sur les parcelles plus rapidement qu’avec les tracteurs après une pluie, « on ne tasse pas les sols »,
  • Préservation des piquets et des ceps qui ne sont pas endommagés,
  • Travail en devers précis,
  • Même outil de travail pour des vignes étroites ou larges,
  • Possibilité de travailler dans des vignes peu ou pas mécanisables,
  • Travail dans les plantations à la perpendiculaire des rangs,
  • Peu ou pas d’utilisation de la pioche,
  • Travail sans pétrole, pas d’émission de CO2.

La durée des séances de travail varie en fonction de la difficulté de la parcelle et peut exceptionnellement aller jusqu’à 5 heures, mais en moyenne il s’agit plutôt de séances de 4 heures, tôt le matin avant les grosses chaleurs. Loreline apprécie énormément ces séances de travail derrière son cheval. Elles lui permettent de bien « sentir » l’état du sol, comment il « explose », et d’en tirer des conclusions sur l’itinéraire technique.

Le travail consiste en une alternance de buttages (ramener la terre sur le rang) et de décavaillonnages (enlever la terre du rang, voir image ci-contre), chacun étant suivi d’un griffage superficiel (10 cm maximum) pour ré-aplanir le sol et gérer l’herbe dans l’inter-rang. Le cheval permet de s’approcher beaucoup plus près du pied sans risque de casse comme avec un intercep monté sur tracteur. La première saison est difficile pour reprendre des sols, mais après, avec un peu d’attention, on fait un super travail.

« Beaucoup de traitement mais à petite doses »

Pour contrôler les maladies, Loreline utilise le cuivre et le soufre. Elle est partisane de faire beaucoup de traitements, mais à petites doses (en général, 200g de cuivre métal par hectare et par traitement). En 2018, 9 traitements ont été nécessaires. Sur oïdium déclaré, elle utilise du sel avec de bons résultats. Elle a également débuté la biodynamie en 2016 et aimerait trouver le temps d’utiliser plus de tisanes.

 

Ce 12 juillet, les conditions climatiques étaient optimales pour les démonstrations à la vigne. Loreline et deux de ses amis invités avec leurs chevaux pour l’occasion, ont donc pu montrer l’efficacité du travail au cheval dans 3 parcelles avec 3 outils différents. Les participants étaient conquis et ont même pu se tester à la conduite du cheval pour ceux qui le souhaitaient.

Réductions de doses et produits alternatifs au cuivre et au soufre

Après 2 heures de pratique et de questions techniques sur le terrain, c’est à la salle des fêtes de Tourmont que le groupe s’est dirigé pour les exposés des techniciennes d’InterBio et de la Société de Viticulture du Jura.

Bérengère Thill d’InterBio Franche-Comté a commencé par présenter les travaux du groupe DEPHY sur la gestion du sol. Ce groupe constitué de 12 viticulteurs bio représentants 85 ha au total, travaille notamment sur le compost et les engrais verts. L’apport de compost a comme objectif d’améliorer la structure du sol, d’augmenter la rétention en eau et de stimuler l’activité microbienne. Dans nos sols jurassiens argileux, le conseil est d’apporter des matières organiques peu évoluées donc facilement accessibles et décomposables au printemps. Les engrais verts quant à eux contribuent à maitriser les adventices, lutter contre l’érosion, augmenter la biodiversité, prévenir les maladies et gérer de manière optimisée la fertilisation. Le groupe a donc travaillé ces deux dernières années sur l’auto-construction d’un épandeur à compost et d’un semoir à engrais verts lors de formations organisées avec l’Atelier Paysan.

Puis c’est Marianne Henner de la Société de Viticulture du Jura qui a abordé le sujet tant attendu des réductions de doses et des produits alternatifs au cuivre et au soufre. Pour rappel, les champignons et ravageurs aiment l’humidité, la chaleur et l’ombre, et la vigne se défend moins bien contre les agresseurs si elle est sur un sol qui la nourrit mal. Le pilotage de la fertilisation, l’entretien du sol, la gestion de la circulation de l’eau et l’aération des grappes seront donc primordiaux pour limiter la progression des maladies.

-> Mildiou : Une des clés de la stratégie pour la protection contre le mildiou est la date du premier traitement, qui ne doit pas être liée au stade de développement de la vigne mais au risque de contamination. Se référer aux informations contenues dans les avertissements phytosanitaires des bulletins techniques est donc judicieux pour pouvoir anticiper les traitements, sachant qu’il faut toujours traiter en préventif, c’est-à-dire avant les pluies.

-> Oïdium : la protection contre l’oïdium se réfléchit quant à elle par rapport à la pression maladie constatée sur le terrain et à l’historique oïdium de la parcelle. Elle doit débuter au stade 7-8 feuilles et continuer jusqu’à la fermeture de la grappe, avec une période clé qui se situe en encadrement de la floraison. Il est primordial que le produit soit positionné à l’intérieur de la végétation.

Dans tous les cas, la qualité de pulvérisation est primordiale ! Les conditions favorables pour traiter sont un vent inférieur à 19 km/h, une température entre 5 et 25°C et une hygrométrie entre 60 et 80%. L’appareil de traitement idéal serait un « face par face » dans le rang, avec jet porté. Réaliser un test avec du papier hydro-sensible permet de vérifier la bonne homogénéité de répartition.

En phytothérapie, il convient de bien différencier les décoctions (= mettre les plantes dans l’eau froide, porter à ébullition puis les cuire à feu doux), les infusions (= tisanes : l’eau est portée à ébullition puis le feu est coupé ; les plantes sont alors mises dans l’eau chaude et infusées) et les extraits fermentés (= macérations à froid).

Les alternatives :

-> au cuivre : de bons résultats ont été obtenus lors d’expérimentations avec :

  • de l’extrait fermenté d’ortie,
  • de l’extrait fermenté d’écorce de bourdaine + décoction d’ortie et de prêle,
  • de la tisane de prêle + orties fraiches pré-fermentées + thé de compost.
  • différentes huiles essentielles : thym, sarriette, origan, girofle, agrumes, orange douce et pépin de pamplemousse,
  • des infra-doses de fructose,
  • de la teinture mère d’achillée millefeuille.

-> au soufre :

  • la tisane d’achillée millefeuille,
  • la macération huileuse d’ail,
  • l’argile et le talc pour leur action asséchante,
  • le lactosérum
  • le sel en curatif, à utiliser à 4,5 kg de sel/ha dans 300 L/ha localisé sur grappe d’après une expérimentation menée par la Société de Viticulture du Jura (SVJ). Cette technique fonctionne par lessivage, et nécessite donc un nouveau passage pour protéger la vigne dans les heures qui suivent.

En plus d’éditer le bulletin « Jura’Vignes » chaque semaine avec des conseils sur la viticulture biologique et un encart bio / biodynamie / phytothérapie, la SVJ peut également proposer des prestations de réglages de pulvérisateurs avec mesures, réglages, vérification de l’efficacité réelle et rendu écrit avec pistes d’améliorations. Les techniciens animent également trois groupes d’échanges entre viticulteurs jurassiens sur les thématiques suivantes : viticulture durable, entretien du sol et viticulture bio. Ce dernier permet notamment de se retrouver pour travailler sur les réductions de doses de cuivre et soufre, de mettre en place des expérimentations avec suivis techniques et d’organiser des visites d’essais.

Encore un grand merci à Loreline LABORDE pour son accueil si chaleureux, et rendez-vous en juillet 2019 pour une nouvelle édition de cette journée technique viticulture biologique !

 

Marianne SPRENGER,

Chambre d’Agriculture du Jura

Légendes des photos :

  1. Loreline LABORDE et sa jument Amazone
  2. La décavailloneuse permet de s’approcher très près du cep
  3. Près de 30 viticulteurs ont assistés à la démonstration de travail au cheval

      

 

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